Oltre il confessionalismo… il “Transcomunitarismo”?

Leggo e copio un’interessante lettera-sfogo del professor Antoine Messarra, apparsa lo scorso 15 luglio 2010 sul quotidiano francofono beirutino L’Orient-Le Jour, nella pagina “Opinions” dei lettori. Messarra, con cui si può esser d’accordo o meno, mette però il dito in una delle piaghe meno percepite ma più purulente del Libano odierno.

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Antoine MESSARRA
L’université, la recherche académique, les journalistes et l’évolution des recherches sur le Liban par des Libanais, et surtout, surtout, par des académiciens étrangers, ont créé depuis plus d’un demi-siècle des œillères, des grilles d’analyse, et des prêt-à-penser et à consommer sur des problèmes de communautarisme, de confessionnalisme, d’identité, d’allégeance primaire et d’appartenance sectaire, au point que tout, absolument tout, est envisagé, lu, analysé, commenté, diagnostiqué avec une grille d’analyse communautaire. Le tout pour dénoncer, condamner le communautarisme, intégrisme et nationalisme identitaire, alors que les auteurs eux-mêmes, prisonniers de leur grille même d’analyse, contribuent encore à figer la recherche dans une orientation univoque.

Toute une nouvelle génération de jeunes étudiants, au niveau même du doctorat, libanais et étrangers, qui viennent me consulter, sont déjà parfaitement programmés, formatés dans la grille d’analyse du communautarisme, de l’intégrisme et du nationalisme identitaire, tout en prétendant, idéalement, être opposés à une telle démarche. Une schizophrénie académique de gens qui défendent des idéaux de laïcité et d’anticonfessionnalisme, mais dont l’esprit est parfaitement structuré pour étudier tous les évènements avec le scalpel communautaire, le seul qu’ils connaissent et dont ils maîtrisent parfaitement l’utilisation.

Où est le transcommunautaire ?
Un pays, le Liban par exemple, peut entreprendre la plus vaste entreprise de renouveau pédagogique, principalement en matière d’éducation civique et d’histoire, entreprise pionnière déployée sous la direction du professeur Mounir Abou Asly dans les années 1996-2002, pionnière dans le monde arabe, en vue de la formation d’une mémoire collective, partagée et transcommunautaire. Des académiciens dans des universités prestigieuses lisent cet événement majeur avec leur grille toute prête de lecture, la seule qu’ils aient apprise et dont ils connaissent l’usage, en s’arrêtant sur la composition communautaire du comité, sur la politisation communautaire de l’enseignement de l’histoire, sur les enjeux politico-communautaires du contenu idéologique des manuels… !

L’association Offre-Joie et des organisations affiliées peuvent organiser pour la commémoration du 13 avril, et en faveur de la paix civile et de la mémoire des manifestations supracommunautaires et transcommunautaires. Vous verrez, quelques jours après, une étudiante venir pour parler de son projet de thèse sur le chiisme libanais, le maronitisme… avec la même, l’unique, l’uniforme grille intellectuelle d’analyse du communautarisme avec, idéalement, dans son intention la volonté de laïcité, d’anticonfessionnalisme alors qu’elle n’a dans sa tête aucune autre grille d’analyse que la grille communautaire.

Des recherches qui ont voulu changer la grille du prêt-à-penser confessionnel, au moyen d’approches comparatives et opérationnelles et de diagnostics diversifiés, ont été vite accusées de consolider le statu quo confessionnel ! Or il s’agit d’apporter une autre méthode d’analyse. Mais des chercheurs, académiciens, journalistes… sont devenus programmés à la grille à la mode comme un réflexe de Pavlov.
Pourquoi nous vivons en perpétuité dans le confessionnalisme ? Chercher d’abord la raison dans l’esprit de ceux dont le rôle doit être de diagnostiquer, d’analyser, d’imaginer, et non de reproduire les mêmes outils d’analyse, quels ques soient les contextes, les faits, les mutations et les changements.

Des sujets passe-partout
C’est ainsi que pour tout étudiant, au Liban et dans des universités prestigieuses dans le monde à la recherche d’un sujet de mémoire ou de thèse, le thème est tout prêt, à la mode, sensationnel, facile : le confessionnalisme, l’intégrisme, le nationalisme identitaire… !
Qu’est-ce qui a changé, qu’est-ce qui peut changer, comment changer… ? La paresse intellectuelle a ravagé le monde académique. Le cerveau est complètement programmé, formaté à ce genre de sujet. Melhem Chaoul, sociologue, me disait récemment avec dégoût : « Je n’accepte pas des sujets sur le confessionnalisme ! » Vous allez croire et vous allez le catégoriser parmi les défenseurs du statut quo communautaire. Non, il s’agit simplement de contrer la paresse intellectuelle, de dépoussiérer au moins cet usus et abusus de la grille passe-partout de la communauté et du communautarisme.

Stérile conjugaison
Dave Sinardet observe à propos de la Belgique d’aujourd’hui : « J’avais participé lors des élections de 2009 en Belgique à une étude dans le cadre de laquelle on demandait à des électeurs de dire, « avec leurs propres mots» (sic), pourquoi ils avaient voté pour tel ou tel parti. Seuls 5% des électeurs interrogés avaient mentionné des arguments liés de près ou de loin à la communauté. Au-delà de ce que les crises semblent dire, les gens n’ont pas de problème fondamental à vivre ensemble en Belgique. C’est un paradoxe belge. »(1)

Oui, le communautarisme est un excellent thème pour cogiter, pour un sujet de mémoire ou de thèse, pour un livre à la mode, pour un colloque de scientistes, pour un débat de salon… Mais si on veut penser, du latin pensare, c’est-à-dire peser, si on a le souci du changement et de l’action, on ne peut être un reproducteur et une machine stéréotypée.

Nous sommes déjà saturés, gavés de recherches sans horizon sur le confessionnalisme, des recherches qui n’apportent rien d’autre qu’un vomissement intellectuel qui suscite le dégoût, et non la mention honorable dans une université qui se considère un bastion du savoir et de l’excellence.
Charles Hélou écrivait dans Le Jour, le 18/8/1945 : « Je supprime le confessionnalisme, tu supprimes le confessionnalisme, il supprime le confessionnalisme, nous supprimons le confessionnalisme… » Va-t-on aujourd’hui changer, au moins, le temps et le mode d’une stérile conjugaison ?

Que faire ? D’abord former des intellectuels, académiciens, journalistes… (déjà déformés ?) à ne pas être rivés, eux, sur le communautaire (qui existe certes), mais à considérer aussi le transcommunautaire. Le transcommunautaire n’est pas du pro ni de l’anticonfessionnalisme, mais tout simplement du politique, au sens de la polis d’Aristote, inhérente à la condition humaine. C’est un autre programme… de pensée et d’action… sans programmation !

Ô académiciens, chercheurs, intellectuels vraiment laïcisants, journalistes, au Liban et surtout hors du Liban, considérez, au moins, qu’il y a au Liban des problèmes confessionnels et d’autres problèmes non confessionnels. Analysez et diagnostiquez les problèmes (si minimes qu’ils soient) avec une autre grille que celle que vous avez apprise et dont vous maîtrisez l’usage.

Est-ce trop demander ? Oui, quand on est programmé au sens informatique, quand on a été laborieusement programmé par un enseignement dit académique.
« L’imagination est plus importante que le savoir », aimait à répéter Einstein. Pauvre Albert ! Il doit se morfondre en voyant ce que sont devenus les intellectuels et chercheurs d’aujourd’hui.


(1) Émilie Sueur, « Quid de la Belgique après la victoire des nationalistes
flamands ? », « L’Orient-Le Jour », 28/6/2010.
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Antoine MESSARRA è membro del Consiglio costituzionale libanese, docente all’Università gesuita Saint Joseph e coordinatore del master in “Relations islamo-chrétiennes”