Siria, Come i buoni vicini sono diventati nemici…

(di Sammy Ketz, AFP, 7 maggio). La région d’Azzara, dans la province syrienne de Homs, s’est fracturée sur une base confessionnelle avec la révolte contre le régime de Bachar al-Assad, les meurtres et représailles ayant transformé de paisibles voisins en ennemis irréductibles.

Entre les turcomans sunnites, installés sur la colline d’Azzara et les habitants alaouites du lieu-dit “pont d’Azzara”, qui vivaient depuis l’empire ottoman en apparente bonne intelligence, un mur de peur s’est dressé. Les observateurs de l’ONU ont entendu sur place des deux communautés les mêmes angoisses et souffrances. Les premiers en appelaient à la Turquie pour les sauver de M. Assad, et les autres demandaient au président syrien de les protéger des incursions “terroristes” venues du Liban voisin.

“Nous sommes turcomans et il faut vraiment que Erdogan nous protège car sinon nous allons être massacrés par Bachar”, affirme le lieutenant Bassel Ain, en allusion au Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan. Il dit avoir déserté le 26 mars après “avoir vu trois pièces d’artillerie bombarder Baba Amr”, un quartier rebelle de Homs repris par l’armée le 1er mars. Le village d’Azzara, proche de la frontière libanaise, est tenu par l’Armée syrienne libre (ASL), formée de déserteurs qui portent toujours leurs uniformes.

Arborant la semaine dernière devant les observateurs de l’ONU des douilles d’obus de chars et de mortier, les villageois assurent avoir eu 12 morts et 150 blessés et être sans nouvelles de 50 habitants arrêtés par l’armée ou enlevés par des inconnus. Des villageoises tiennent en main les photos de leurs proches qu’elles tentent de glisser aux officiers de l’ONU. “Ce n’est pas une affaire de révolution ou de liberté, c’est une guerre religieuse et confessionnelle menée par le régime qui veut exterminer tous les sunnites de Syrie pour y installer un Etat de ‘Rafida'”, terme péjoratif désignant les chiites, assure un ancien lieutenant-colonel à la barbe noire. Un jeune homme, pantalon et chemise noire avec le sigle d’Al-Qaïda, opine mais refuse de s’exprimer quand on l’interroge.

En Syrie, les turcomans sont environ 300.000, selon le spécialiste Fabrice Balanche. Les Sunnites sont majoritaires et les alaouites, une émanation du chiisme à laquelle appartient le régime Assad, sont minoritaires. La majorité des sunnites appuient le mouvement de contestation, mais les minorités religieuses sont généralement avec le pouvoir. Dans la localité flotte l’étendard des opposants, le drapeau de Syrie après son indépendance en 1946, et les habitants scandent “le peuple veut la chute du régime” et “Dieu protège l’ALS”.

Deux km en contrebas, c’est le drapeau actuel que brandissent les habitants avec la photo du président, en criant “Dieu, la Syrie, Bachar”. “Ils (les anti-régime) ont tué plusieurs officiers sur la route. Ils arrêtent les camions et volent leur marchandise. Ils enlèvent nos proches, demandent des rançons”, assure Moustafa Abdel Karim Mahmoud 23 ans, étudiant alaouite.

“La nuit, ils traversent le fleuve, incendient les magasins et tirent sur nous puis s’enfuient à l’arrivée de l’armée. Ils disent que nous sommes des gangs d’Assad. Oui, nous sommes tous des soldats d’Assad”, lance-t-il. “Avant on vivait comme des frères, c’est l’arrivée d’étrangers (venus du Liban) qui a chamboulé la situation”, dit-il en allusion à des combattants qui viennent selon lui prêter main forte aux opposants. “Cela fait huit mois que je n’ai pas pu retourner dans ma maison de Tall Kalakh”, une localité proche tenue par les opposants mais encerclée par l’armée. “Ils veulent me contraindre à être contre le régime”, renchérit un autre habitant.

Pour le gouverneur de Homs, Ghassan Abdal-Al, “ceux qui ont planifié la crise ont cherché à jouer sur les confessions pour détruire les relations entre les composantes de la société”. “Nous sommes sûrs que dans chaque confession, la majorité refuse l’escalade et veut vivre pacifiquement. (AFP)