Siria, cosa pensano alcuni damasceni?

Ritratti Le MondeLa giovane fotografa siriana Carole Alfarah ha incontrato alcuni abitanti di Damasco ai quali ha chiesto un parere sugli eventi in corso e una previsione sul futuro del Paese. Qui di seguito il suo reportage pubblicato sul quotidiano francese Le Monde.

(Le Monde  19 Agosto 2011)

Jusqu’ici, les images venues de Damas étaient rares. Entre le 4 juillet et le 8 août, Carole Alfarah, jeune photographe syrienne, a interrogé des Damascènes de la classe moyenne en ne leur posant que deux questions : “Donnez-moi votre opinion sur la contestation en cours ?” et “Comment imaginez-vous la Syrie dans l’avenir ?” Voici leurs réponses, qui n’engagent en rien la photographe.

Étudiant en droit à l'université de Damas

 

Rudi Othman, 23 ans, étudiant en droit à l’université de Damas. Il veut changer le monde depuis qu’il a 17 ans.

La contestation : “Au début, nous n’étions pas organisés. Lors des premiers rassemblements, on se regardait sans rien dire. Le 15 mars, nous nous sommes retrouvés devant la mosquée des Omeyyades. Personne n’osait parler. J’étais désespéré, et je m’apprêtais à partir lorsque j’ai entendu une fille crier à voix haute : “Dieu, Syrie, liberté !” J’ai commencé à crier moi aussi et nous avons tous crié. C’était à la fois terrifiant et palpitant. Une autre fois, je filmais avec mon mobile quand deux membres de la sécurité d’Etat se sont avancés. J’ai réussi à leur échapper. J’ai posté la vidéo sur Facebook et elle a été reprise par plusieurs chaînes arabes. C’est alors que j’ai réalisé que nous pouvions parler au monde de notre révolution.”

Le devenir du pays : “La Syrie après la révolution devra être un Etat de droit fondé sur la démocratie participative, et où l’on ne fait pas de différence entre les Kurdes, les Arabes, les Assyriens ou les Turcomans.”

Employée du British Council à Damas

 

Ghalia Seifo, 32 ans, employée du British Council à Damas. Elle veut à la fois Bachar Al-Assad et la liberté.

La contestation : “Je me souviens, le 5 février, sur Facebook, les gens l’avaient appelé “Le jour de la colère syrienne”. Puis, rien ne s’était passé. Alors, je n’ai plus fait attention aux appels sur Internet. Et quand la révolution a vraiment commencé, j’ai été stupéfaite. Mes frères et mon père m’ont raconté les troubles des années 1980. Mon père a pris une balle dans la jambe tirée par un membre des Frères musulmans. Je crains les groupes terroristes armés. C’est injuste ce qui arrive en Syrie après toutes ces années de stabilité et de sécurité.”

Le devenir du pays : “Mais, finalement, je suis optimiste. La nouvelle Syrie sera meilleure et plus forte que celle d’aujourd’hui. Le sang des martyrs n’aura pas été versé pour rien. Liberté, démocratie, multipartisme. Ce sera la nouvelle Syrie libre, sous la direction du président Bachar Al-Assad. Les jeunes peuvent y jouer le plus grand rôle. Mais tout ne sera pas rose. Les blessures des Syriens seront longues à soigner.”

 

Couturière indépendante à Damas

 

Wafa Al-Assafeen, 42 ans, couturière, veuve et mère de quatre enfants. Elle place sa confiance en Dieu et dans le président.

La contestation : “J’ai été choquée quand j’ai su qu’il y avait des manifestations contre le régime mais je n’ai pas eu peur car je crois en la divine providence. Dieu protège la Syrie. Nous Syriens, croyons en Dieu et craignons Dieu. Je suis triste pour chaque Syrien tué lors des récents événements. Je suis triste pour ces jeunes gens qui sont séduits par l’argent, la fausse liberté au nom du djihad et le meurtre au nom d’Allah.”

Le devenir du pays : “Je suis optimiste. Je vois un bel avenir pour la Syrie, en particulier pour les catégories qui étaient jusque-là oubliées. Les nouvelles réformes vont aider plus de classes de la société. Il y aura de l’égalité et de la justice sociale. Même si tous nos rêves ne deviennent pas réalité, même si nous mettrons peut-être du temps à nous redresser. La Syrie est tout pour moi et mes enfants. Je ne voudrai à aucun prix changer ma place sur terre. Nous sommes tous aux côtés du président. Nous l’aimons. Je vois le futur de la Syrie avec lui.”

Gérant d'hôtel à Damas

 

Nour Mouftah, 34 ans, directeur d’hôtel. Pour lui, la révolution n’est qu’un complot étranger.

La contestation : “Je n’ai pas été surpris. Je m’attendais à ce qui se passe en Syrie. Selon moi, les révolutions arabes ne sont pas de vraies révolutions populaires. Elles sont téléguidées dans le but d’affaiblir les régimes arabes. Il est certain que la Syrie est visée à cause de sa position stratégique au Proche-Orient. La Syrie est le seul pays arabe indépendant, qui soutient fermement le peuple palestinien et qui ne fait aucune concession à Israël et à l’Amérique.”

Le devenir du pays : “Dans un avenir proche, je vois une Syrie stable et prospère. Je prévois un fort niveau de développement économique. La Syrie est l’une des dix plus importantes destinations touristiques dans le monde. Malheureusement à cause de la situation actuelle, le tourisme s’est arrêté. Mais je pense que l’année prochaine sera une grande année pour le tourisme en Syrie. Finalement, je vois les événements actuels d’une façon positive. La Syrie en sortira plus forte.”

Étudiante en arts à l'université de Damas

 

Hibat Allah Al-Anssari, 26 ans, étudiante en arts à l’université de Damas. Les forces de sécurité la terrifient.

La contestation : “Dès la révolution égyptienne, moi et mes amis avons voulu participer. Nous ne savions pas quoi faire. C’était avant qu’il se passe quoi que ce soit en Syrie. Nous avons décidé de manifester devant le siège d’un opérateur de téléphonie mobile à Damas, pour demander la baisse des tarifs. Nous avons été contrôlés par des membres des forces de sécurité et je n’avais pas ma carte d’identité. Ils m’ont arrêtée, j’étais choquée, j’ai pleuré, je n’oublierai jamais les regards des passants. Ils m’ont mise en prison avec des femmes arrêtées pour prostitution. Je suis vraiment contente que le vent du changement souffle enfin en Syrie. Sous le couvert de l’état d’urgence, ils arrêtent qui ils veulent. Les forces de sécurité sont partout : dans les cafés, dans la rue, dans les taxis. J’ai l’impression de suffoquer dans mon pays.”

Le devenir du pays : “Mon rêve c’est que la nouvelle Syrie devienne un pays démocratique, qu’elle garantisse la liberté d’opinion et le respect mutuel.”

Maquilleuse à Damas

 

Ralda Khawam, 31 ans, maquilleuse. Elle est en colère contre les médias occidentaux.

La contestation : “Cela a été un grand choc. Je regardais les infos dans ma chambre, quand j’ai vu les manifestations à la mosquée des Omeyyades. Je n’en croyais pas mes yeux. J’étais persuadée que tout cela s’arrêterait très vite, mais quand c’est devenu un événement énorme et quand j’ai vu les fausses nouvelles qui étaient diffusées par les médias étrangers, j’ai compris que tout ceci était une vaste conspiration contre la Syrie. Je suis terrifiée à l’idée qu’il y ait une guerre civile en Syrie. J’espère que cela ne se produira pas.”

Le devenir du pays : “Seul le président Assad a ma confiance. C’est certain qu’il trouvera la solution pour nous sortir de cette crise. Depuis les événements, j’ai compris combien j’aime mon pays. Avant, je détestais toutes les traditions et les complications de notre société, mais aujourd’hui je vois bien que ce n’était rien à côté du fait de vivre en sécurité en Syrie.”

Sans-emploi à Damas

 

Rasha Akil, 33 ans, sans emploi. Elle est passée de pro à anti-révolution.

La contestation : “Au début, j’étais contente parce que j’en avais assez de la corruption, du népotisme, de l’inégalité des chances. Et j’ai été heureuse quand le président Assad a lancé ses réformes, et quand il a accepté davantage de liberté d’opinion. Mais, lorsque la crise a pris de l’ampleur et qu’elle m’a atteint personnellement, mes sentiments ont changé. Je travaillais pour un projet financé par l’Union européenne et à cause des sanctions contre la Syrie, j’ai perdu mon emploi. Ces sanctions n’ont pas affecté le gouvernement mais les gens. Nous étions 300 personnes, tous licenciés. Les fonctionnaires ont toujours leur emploi…”

Le devenir du pays : “Les manifestations ne sont pas pacifiques. Certaines peut-être mais dans la plupart d’entre elles, les protestataires ont des armes, ils tuent des policiers, ils tuent des manifestants. Le problème c’est qu’aucun des camps en présence ne va renoncer. Si le sang continue à couler, ça va devenir un vrai désastre. En Syrie, nous ne sommes pas habitués au pluralisme politique. Chaque opposant est contre le régime pour des raisons personnelles, ce qui signifie qu’aucun d’entre eux ne me représente moi ou le peuple syrien. Et plus encore, ceux qui ont vécu toute leur vie à l’étranger, je les imagine mal élever la Syrie à un niveau supérieur de démocratie compte tenu de toute la haine qu’ils portent en eux.”

 

Architecte et professeur à l'université de Damas

 

Wael Al-Samhouri, 53 ans, architecte et professeur à l’université de Damas. Il craint une perte de confiance des investisseurs dans le pays.

La contestation : “Ma première réaction ? J’ai été choqué. Je ne m’attendais pas à ce que ça arrive en Syrie ! En Syrie, le pays de la sécurité ! Nous ne sommes pas habitués à voir les gens se battre entre eux. C’est impensable que des Syriens se tuent les uns les autres. Ce n’était vraiment pas le moment. Le pays progressait, s’ouvrait, connaissait un important développement. J’en ai profité personnellement. J’ai un emploi stable, qui me fait avancer dans la vie. Quel gâchis ! De grands projets d’infrastructure vont être arrêtés et les investissements vont se réduire. La Syrie avait durement gagné la confiance des investisseurs et maintenant cette confiance a disparu.

Le devenir du pays : “Cela dit, je travaille encore plus qu’avant depuis le début de la crise. Mes étudiants et moi redoublons d’efforts pour que, quand tout cela sera fini, la Syrie se relève, devienne une nouvelle Syrie, stable et efficace.”

Journaliste pour la chaine Al-Arabya et le journal "Al-Hayat"

 

Amer Mattar, 25 ans, journaliste sur la chaîne Al-Arabiya et au quotidien Al-Hayat. Son passage dans les geôles du régime l’a changé à jamais.

La contestation : “Je suis fier de prendre part à la révolution en tant que Syrien libre, en tant que journaliste intègre. Je diffuse la vérité et je rends compte de la révolution syrienne. J’ai été arrêté et emprisonné seize jours. J’ai été battu et torturé pour avoir publié la vérité et non le discours officiel. Seuls des mots de douleur peuvent exprimer l’expérience que j’ai vécue dans les prisons du régime. Trop de noirceur de peur et d’humiliation. Je n’oublierai jamais. Vendredi [1er juillet], je suis parti à la manifestation en laissant une lettre à mon père. Elle disait : “Peins notre porte avec mon sang et ne la nettoie pas avant l’aube. Votre liberté sera ma rançon.””

Le devenir du pays : “Je vois une meilleure Syrie, débarrassée du régime d’Assad. Une Syrie libérée des prisons et des massacres. Ce sera la Syrie lavée des couleurs sombres de la tyrannie.”

Concierge du Beit Nizam, la maison historique de Damas

 

Mohammed Saïd Yaghmour, 47 ans, concierge du Beit Nizam (maison historique de Damas). Il ne veut pas de la démocratie.

La contestaion : “Je n’aurai jamais cru qu’une chose pareille puisse se produire en Syrie. Nous sommes des gens pacifiques. Ces scènes de tuerie et de brutalité, ce n’est pas possible. Même si mon salaire n’est que de 10 000 livres syriennes (145 euros), même si il ne me reste rien à la fin du mois, même si je dois prendre plusieurs emplois pour payer mon logement et les dépenses des enfants, je n’irai jamais détruire mon pays !”

Le devenir du pays : “Le président Bachar Al-Assad représente l’avenir de la Syrie : un jeune intellectuel modéré. Il aime son peuple et la nation est développée. J’espère que cette crise va bientôt prendre fin. Nous n’avons pas besoin de la démocratie de l’Irak, nous n’avons pas besoin de la liberté de l’Egypte, de la Tunisie et de la Libye. On a vu ce qui leur est arrivé. Nous n’avons besoin d’aucune interférence étrangère. Nous pouvons résoudre nos problèmes nous-mêmes.”

Elle travaille dans l'aménagement paysager et est professeur de yoga à Damas

 

Tasneem Al-Qassem, 66 ans, mère et grand-mère, travaille dans l’aménagement paysager. Elle est aussi professeur de yoga. Pour elle, la contestation a réveillé les Syriens.

La contestation : “Au début des événements j’ai été choquée. Comme comme beaucoup d’autres personnes. Nous nous pensions en à l’abri, en sécurité, confinés jusqu’à ce que cet événement vienne nous troublés. Quand je me suis réveillée, après ce choc, j’ai commencé à penser que cette crise était la meilleure chose qui nous soit arrivé en Syrie. Elle a éveillé nos sentiments, nos pensées, nos intérêts et nos visions. Cette crise a éveillé notre conscience d’aller de l’avant, de prendre des initiatives et de nous diriger vers ce qu’il y a de mieux pour la Syrie.”

Le devenir du pays : “Nous avons besoin de temps, particulièrement les jeunes, pour comprendre les dimensions invisibles de ces événements. Chacun de nous doit être prudent dans ses pensées et ses actions pour ne pas sombrer dans une mauvaise voie. Chacun de nous doit prendre le chemin du pardon et se libérer du carcan du passé et des sentiments de colère, de tension et de rage. La conscience se développe positivement en rejoignant le système universel d’équilibre et d’harmonie. Cela nécessiterait plus de initiatives et d’efforts, avec patience, constance et volonté. “